Plusieurs croix et oratoires se trouvent sur notre commune. Aurélie Bertin et Julien Deshayes du Pays d’Art et d’Histoire du Clos du Cotentin nous racontent leurs histoires. (Données issues de la Conservation des Antiquités et objets d’art de la Manche)
La Croix de l’Hôtel au Cauf
Ci-contre, la Croix de l’Hôtel-au-Cauf, dite aussi « Croix des Templiers » est sculpté dans calcaire local. Sa datation semble pouvoir s’établir entre la fin du XVe et le milieu du XVIe siècle environ.
Elle se dresse dans un champ, auprès du « pont de la Croix » franchissant la rivière D’Ouve. Sa position, en bordure d’un chemin rural donnant accès à la terre de L’Hôtel-au-Cauf, suggère qu’elle fut édifiée aux frais et à l’initiative des propriétaires du lieu. Il faut donc prendre avec beaucoup de réserves les traditions locales qui associent cette croix avec un établissement des Templiers, qu’aucune source historique ne permet d’associer.
Aucun document ni argument archéologique ne permet non plus d’établir un lien avec la vie de saint Clair et l’abbaye de Malduin, où celui-ci aurait résidé. La mention du cahier paroissial précisant que, durant la Révolution française, « les révolutionnaires s’attaquèrent aux croix plantées à différentes places dans la paroisse : Celle de Banoville haute de sept mètres fut roulée dans la rivière la Douve au bout de laquelle elle était plantée » apparaît plus fiable mais tout de même sujette à caution, l’habitude des curés de paroisse du XIXe siècle étant souvent de dramatiser à l’extrême les conséquences de ces évènements historiques.
La Croix De La Chasse Des Croisettes
La croix du carrefour de la chasse des Croisettes a été restaurée en novembre 2024, suite à sa destruction partielle, conséquence d’un acte manifestement malveillant, ayant conduit à en dérober le croisillon ainsi que le chapiteau qui soutenait celui-ci. Les éléments subsistants ont été déposés en janvier 2023 et mis à l’abri dans les ateliers communaux.
Hormis une date portée (1644) visible sur le fût, il n’existe à notre connaissance aucune donnée historique qui puisse nous informer sur l’origine de cette croix, placée au carrefour de deux chemins ruraux. La proximité du manoir de Sébeville, situé à environ 500 mètres au bout du chemin, pourrait suggérer qu’elle fut édifiée par ses anciens propriétaires, à la limite de leur domaine.Notons qu’à cette même date de 1644, la terre de Sébeville fut précisément transmise en héritage par le sieur Richard Imbert à Julien de Pierres, écuyer.
Le socle de croix de forme polygonale et le fut aux angles chanfreinés subsistants sont sculptés dans une pierre calcaire issue des proches carrières d’Yvetot-Bocage. Ils appartiennent à une typologie de croix de chemin très fréquemment usitée en Cotentin durant le XVIIe siècle. Le croisillon ne comporte pas la figuration traditionnelle du Christ en Croix mais de simples faces lisses.
La Croix Jacob
La Croix Jacob est située à l’intersection des D.62 et D.146. Elle a donné son nom au Hameau;
Elle se compose d’un fût octogonal supportant un chapiteau et un croisillon de section carrée dont il manque le dé. La figure du Christ en Croix est sculptée dans la masse à l’avers du croisillon.
L’on sait que la Croix Jacob aurait été placée en 1696 par un certain Dagoury pour donner suite à sa promesse de planter une croix près de sa maison s’il vivait jusqu’à cent ans. Outre que l’anecdote révèle un cas de longévité remarquable, elle explicite aussi un mode fréquent d’établissement de croix de chemin, posées à l’initiative de propriétaires riverains au profit des passants, censés bénéficier ainsi d’une protection divine.
La Croix Jacob fut abattue en 1794 et rétablie par Jacob Dagoury, vraisemblablement un descendant du Dagoury sus-mentionné. Une inscription au revers du croisillon rappelle la réparation de la croix par Jacob Dagoury après 1794 : « AMI CHR[E]TIEN QUI PASSES PAR I / CI, SOUVIENS-TOI DE L’AMO[U]R / DE TON DIEU, E[T] DIT UN PATER E[T] / UN AVE POUR CELUI QUI M’A / FAIT REPE /…./ JOACOB / DAGOURI /.
La Croix d'Equilbec
Située sur un carrefour portant son nom, la Croix d’Equilbec se compose d’un fût polygonal trapu, surmonté d’un croisillon de section carrée sculpté d’un Christ en Croix.
Une inscription au revers du croisillon a été relevée : « CRET[IEN] / FIDEL / PASSE P[AR] / ICI, SOIS / DYGNE. / J(ESUS] C(HRIST] EST MORT EN UNE / CROIX P(OUR] TOI : N’OUBLIE PAS / DE DIRE EN PASSANT UN PATE[R] / P[OUR] TES AMIS / VIVANS ET TREPASSES. / ET TE RE / COMMANDE / A TON BON / ANGE GAR[DIEN].
Une inscription sur le fût permet par ailleurs d’en identifier le donateur et la date : « P[IERRE] / HUET / P[RE]B[T]E / 1756 »
la Croix d’Urville
La Croix d’Urville se situe à l’entrée de l’allée du Château de Pont Rilly, le long de la route de Valognes à Sottevast.
Elle se compose d’un dé à angles abattus, d’un fût monolithe et d’un croisillon de section carrée avec sculpture en relief du Christ en Croix, surmonté du titulus.
Une inscription au revers du croisillon indique l’année 1796.
La Croix du cimetière
La croix du cimetière de Négreville, en calcaire d’Yvetot-Bocage, est posée sur un emmarchement octogonal de quatre degrés. Elle présente un fût polygonal couronné d’un croisillon où figurent le Christ en Croix à l’avers et la Vierge à l’Enfant au revers.
Une inscription portée sur le fut permet d’en préciser la date « L’an Mil CCCC L III le XIII de décembre fut assis céans » (1453).
La Croix du Puits du Bourg
Le puits couvert situé au cœur du village de Négreville, en bordure de l’ancienne route de Valognes à Bricquebec, se signale par la présence d’une croix placée en son sommet.
Il s’agit d’un croisillon du XVIIIe siècle, avec la figure du Crucifié sous un titulus. Probablement fût-il remployé d’une croix de chemin disparue depuis (peut-être le croisillon du pont capitaine, dont le livre paroissial précise qu’il fut enlevé en 1794, et n’a pas été réparé).
L'Oratoire de la Bonne Vierge
Un oratoire est un lieu consacré à la prière ou petit édifice appelant à la prière, pour invoquer la protection divine. Plus précisément, ce terme désigne dans un édifice indépendant, un petit monument voué au culte d’un saint ou d’une sainte représenté par une statuette ou parfois tout simplement par une simple plaque à son image ou une croix.
Ici, l’oratoire de la Bonne Vierge, dit sur le cadastre de 1824 de « la Bonne Vierge Piquenot » est formé d’un cylindre en grès rouge coiffé d’un dôme conique. Il abrite dans autant de niches trois statues de la Vierge, dont deux de la Vierge à l’Enfant. Une croix latine coiffe cet ouvrage.
Sous la niche centrale, on peut lire la gravure suivante « F.F.P. (fait faire part) Françoise Couppey veuve de Vincent Dagoury 1810 ». Probablement s’agissait-il des habitants de la maison voisine.
